Tropico 3 : cigare, rhum et p’tites pépés
Alors, faisons le point : les élections sont prévues dans deux ans, le peuple ne m’aime pas (ingrats !), les rebelles dans la jungle sont trois fois plus nombreux que les soldats encore fidèles… moui, j’espère au moins que l’économie va bien. Ah, non, les cours de la papaye et du bois se sont effondrés ! Mmmmh…
Tiens, des bateaux dans la baie. Les touristes seraient-ils de retour après cette sale épidémie de grippe du lama l’an dernier ? Hein, quoi ? La flotte de guerre américaine ? Argh !

Quand c’est trop, c’est Tropico !
La série est née en 2001 avec la sortie de Tropico, qui a été très bien accueilli par la presse et les joueurs. Le but de ce jeu de gestion pas comme les autres était d’incarner « El Presidente », prenant en main une île des Caraïbes en pleine Guerre froide. Il fallait y amadouer le peuple et faire en sorte de jongler avec la politique, l’économie et l’écologie. Un add-on y ajoutera en 2002 la problématique touristique, histoire de parfaire le tableau (et de rappeler un peu plus encore la situation de Cuba dans les années 50). L’originalité du titre était de proposer un humour et un ton décalé très rafraichissant pour un city builder, tout en permettant de laisser pleinement s’exprimer le dictateur qui sommeille en chacun de nous (si, si, ne vous voilez pas la face :p ).
Tropico 2, sorti en 2003, fut reçu un peu plus froidement. On lui a surtout reproché de ne pas apporter grand-chose en terme de gameplay, malgré un changement de contexte : le joueur devenait un roi des pirates au XVIIe siècle. Cependant, pas mal de joueurs ont vraiment apprécié ce titre et en gardent un excellent souvenir (moi le premier).
Puis, plus rien pendant plus de six ans. Mais, heureusement, voici Tropico 3, qui nous promet enfin de renouer avec un city builder amoral, drôle et bercé par des rythmes latinos endiablés. Nan, parce que des jeux aseptisés comme Sim City, ça va bien cinq minutes, mais moi je veux une fois encore détourner des fonds, mâter des rébellions, truquer des élections, assassiner des opposants… alors, promesses tenues ?
Un Tropico, Coco ?
Je vous vois venir : « mais comment va-t-il bien pouvoir rebondir sur ce titre ? ». Facile, en vous décrivant un peu le jeu… vous verrez.
Vous l’aurez compris, il ne s’agit pas ici de jouer à la régulière. Si on est bien face à une gestion de ville classique, avec tout ce que cela comprend (construction d’habitations, exploitation des ressources, création d’axes routiers, etc.), El Presidente a plus d’une carte dans sa manche.
Tout ce que vous pouvez imaginer à propos d’une simulation de république bananière est présent dans ce jeu : manipulation des masses, dictature militaire, relations internationales houleuses, tentatives de coup d’état, entre autres. Le contexte géographique est également bien exploité : la production de cigares et de rhum, les touristes américains sur les plages de sable fin, l’élevage de lamas… des lamas ? Moi non plus, je ne vois pas trop ce qu’ils viennent faire ici, mais sachez que les développeurs ont mis du lama partout, jusque dans les commentaires à la radio…
Tropico 3 propose deux modes de jeu : campagne ou bac à sable. Classique. La campagne impose d’atteindre des objectifs particuliers sur des cartes définies, du style « exporter 5000 unités de fer », « se maintenir au pouvoir jusqu’en 1975 », etc. Le bac à sable permet de paramétrer entièrement une partie, le joueur étant alors totalement libre de ce qu’il fera de son île.
Pour atteindre ces objectifs, il faudra bien entendu construire de nombreux bâtiments, tout en composant avec les besoins et les attentes des habitants, des factions de l’île et des deux superpuissances de l’époque : USA et URSS. Le tout en évitant de se faire renverser par les rebelles, qui ne sont autres que des habitants que vous avez déçus durant vos années de règne précédentes…
Les factions sont assez nombreuses et ont des objectifs propres : les Religieux veulent des églises et refusent l’immoralité (le jeu, l’alcool, etc.), les Intellectuels veulent des écoles et n’aiment pas être pris pour des imbéciles (élections truquées, atteintes aux libertés…), etc. Les Communistes, quant à eux, veulent des logements salubres et de faibles disparités de salaires sur l’île. Oui, il y a donc une faction de cocos sur dans Tropico 3, d’où mon titre idiot. CQFD.
Bien entendu, toutes ces factions ont des attentes qui s’opposent, et vous pourrez difficilement les concilier en même temps, surtout en début de partie. Si l’un des camps se met à vous détester, les habitants qui y sont affiliés se mettront à manifester contre le gouvernement et iront jusqu’à prendre le maquis. Pour éviter cela, il vous faudra établir des priorités et tâcher de jongler avec tout ça !
Les superpuissances fonctionnent un peu sur le même modèle, réagissant indirectement à ce que vous faites sur votre île, à votre dette nationale, à votre politique étrangère. Si vos relations se dégradent trop avec l’une d’elles, ils peuvent vous envahir, mettant alors fin à la partie.
Culte de la personnalité
Plus de référence pourrie en stock, désolé. De toute façon, les deux précédentes avaient déjà été faites dans tous les tests existants, donc bon…
Je ne vais pas trop m’attarder à décrire les mécanismes du jeu, ça pourrait être long. Sachez juste que cet exercice de funambule avec les factions, s’il est classique dans les jeux de gestion, est tout de même très bien amené dans Tropico 3. Ça colle parfaitement au contexte et c’est tout à fait logique.
Vos actions entraînent toujours des conséquences assez visibles en jeu, qui sont alors relayées à la « radio ». Diffusant en permanence des musiques ma foi fort sympathiques (enfin si vous aimez la salsa et compagnie), les programmes s’arrêtent à chaque évènement pour laisser la place à un commentateur au fort accent hispanique, qui nous explique ce qui se passe sur l’île ou dans le monde, nous permettant d’entendre des trucs plutôt hilarants, oscillant entre humour potache, second degré, humour noir et vision désabusée de la politique. Petit exemple : « La situación économique de l’île est au trente-sixième dessous… l’occasion de se rappeler que l’argent ne fait pas le bonheur ! » Il va de soi que tous ces commentaires restent toujours respectueux d’El Presidente, ce n’est pas comme si la presse était libre sur l’île de Tropico.
Pour achever ce (trop) rapide tour de propriétaire, sachez que vous pourrez jouer des « dictateurs » célèbres, tels que Fidel Castro, Che Guevara, Augusto Pinochet, Eva Peron… les historiens apprécieront à sa juste valeur le mélange des genres (rappelez-vous que tout est à prendre au second degré dans ce jeu :p). Vous pourrez également créer votre propre avatar, lui choisissant une apparence et surtout des traits : ses origines, son arrivée au pouvoir (putsch, mis en place par la CIA/le KGB, etc.), ses qualités et ses défauts. Tout cela influencera beaucoup le déroulement de la partie : les Religieux apprécieront peu un alcoolique, préférant un Presidente fanatique, par exemple.
Oui, mais non…
On en arrive aux choses qui fâchent. La réalisation, tout d’abord : peut mieux faire, en résumé. Concernant les graphismes, on notera que ça oscille entre le joli et le bof : les effets météo sont sympa mais les textures ne sont pas toujours géniales, les bâtiments sont corrects mais les personnages manquent de finesse…
Je tiens également à signaler que le framerate joue parfois au yoyo, voire pire : en au moins une occasion, j’ai eu droit à un infâme slideshow, avec le son qui buggait et tout le toutim. Peut-être est-ce dû à Windows 7, en tout cas ça n’était pas très agréable. Le jeu supporte également très mal le alt+tab, même si encore une fois c’est peut-être dû à ma config’. Quoiqu’il en soit, je pense que le jeu manque d’optimisation, même si la fluidité est moins cruciale dans un jeu de ce style que dans un FPS…
Côté interface, le tableau n’est pas non plus parfait : placer les routes comme on l’entend relève de l’exploit, les menus de statistiques ne sont pas des plus ergonomiques, etc. Qui plus est, on manque cruellement de graphiques clairs concernant son île, un sacré handicap pour un jeu de gestion. Autre exemple, les infos en surimpression (des aires de couleur qui indiquent, par exemple, le taux de criminalité directement dans la fenêtre de jeu) ne peuvent s’afficher en même temps que la fenêtre de construction. On regarde où se trouve le minerai, mais quand on veut placer sa mine on ne voit plus les infos… pas très pratique !
Plus grave, j’ai trouvé que les mécaniques du jeu manquaient parfois de lisibilité : par moment on perd énormément d’argent, sans trop comprendre pourquoi. Souvent, alors que l’URSS ou les USA ne pouvaient pas nous piffer, ils se ravisent d’un coup et deviennent nos meilleurs potes, sans qu’on ait vraiment fait quoi que ce soit pour. Et ainsi de suite. Ça n’est jamais très grave, mais je me suis quand même souvent posé des questions sur ce qui se passait sur cette foutue île !
Au rang des autres détails fâcheux, notons en vrac le multi qui n’en est pas vraiment un : on peut lancer des défis à l’ensemble des joueurs connectés, qui joueront la partie de leur côté en essayant de faire le meilleur score possible, avec classements mondiaux à la clé. C’est un peu (beaucoup) léger, quand même. Dans la même veine : les musiques et les commentaires radio sont très sympa, mais répétitifs à la longue ; les succès sont disponible dans le jeu mais pas sur Steam (malgré une « steam special edition ») ; on ne contrôle pas vraiment les combats ; etc. Des détails, certes, mais qui laissent un vilain arrière-goût de travail bâclé/inachevé.
Guère épais
Ah tiens, si, je retombe sur un jeu de mots bien naze, tout compte-fait…
Finalement, le plus gros reproche qu’on peut faire à ce jeu tient à son contenu et à son intérêt profond sur le long terme. Les bâtiments, essence-même d’unu city-builder, sont assez peu nombreux, et c’est pire si on enlève les déclinaisons d’un même concept. L’économie est assez basique, de même que le tourisme, surtout lorsqu’on ne capte pas toujours bien pourquoi quelque chose va mal (voir le chapitre précédent). Idem pour la satisfaction générale…
Plus d’options disponibles ; une gestion plus fine du social, de l’économie ou des combats ; une interface mieux pensée ; un vrai multi… tout cela aurait contribué à faire de Tropico 3 une vraie bombe. En l’état, ça n’est « qu’un » bon jeu. Reste l’humour, le ton décalé et politiquement incorrect de l’ensemble qui, à lui seul, fait un peu oublier les défauts et donne envie de retourner diriger son île d’une main de fer. Et ça me semble bien être le principal !
L’Harmonica
LA FLEMME DE LIRE LE TEST ?
- Toute ressemblance avec la grippe aviaire ou porcine est tout à fait volontaire
- Il doit se sentir un peu seul, le pauvre…
- Vous n’auriez pas moins lisible, encore ?
- Comme quoi il ne fait pas toujours beau dans les Caraïbes
- Une belle galerie de dirigeants
- On peut vraiment créer l’avatar de son choix
Configuration de test
Intel Core 2 Duo E8400 (3 GHz)
4 Go DDR2
NVidia 8800 GTS
Windows 7
Tropico 3 Steam Special Edition
Tags: city-builder, dictateur, gestion, sarko-sim, Tropico






















Wikio
18 novembre 2009 à 13:38
A mon avis, les running gag sur les lamas doivent renvoyer directement vers Sim City. Si je me souviens bien, y a pas mal de blagues sur les Lamas dans le jeu
Sinon; il me donne bien envie ce petit jeu. J’aime être un dictateur. Suffit de voir mes parties bac à sable dans Sim city pour le comprendre ^^
18 novembre 2009 à 15:42
Maintenant que tu le dis, c’est vrai que j’ai peut-être quelques vagues souvenirs d’histoire de lamas dans Sim City 4…
Sinon, pour Tropico 3 : il est vraiment sympa à mon goût, même si c’est vrai que la technique est faiblarde (personnellement je ne le trouve pas foncièrement laid ou mal foutu) et que le volet gestion pure manque un peu de profondeur. Pour tout dire, j’ai assez longuement hésité entre 6 et 7, pour la note… j’ai opté pour la plus haute des deux parce qu’il y a une bonne ambiance, parce que je me suis bien marré et surtout parce que ça change un peu d’autres titres plus sérieux. Voilou